Les Plébéiens et Aux Armes Citoyens ont invité Camille Adam pour un entretien d'une demi-heure, au sujet de son film "Au nom de l'Europe" et de ses travaux à venir. La retranscription de l'entretien ci-dessous, et l'entretien audio à partir de la semaine prochaine1.
LP & AAC2 : Bonjour Camille Adam, merci de nous consacrer le temps nécessaire à répondre à quelques éclaircissements par rapport notamment au film que nous avons vu avec intérêt. Première question. Du barreau à l'image qu'est ce qui a provoqué chez l'avocat que vous étiez ce déclic pour quitter le confort du système judiciaire et devenir un journaliste cinéaste indépendant, capable de produire un documentaire aussi dense que "Au nom de l'Europe" ?
Camille Adam : Merci pour l'invitation. J'ai toujours eu une passion pour la politique, mais aussi pour le cinéma et le documentaire, deux domaines longtemps incompatibles avec ma profession d'avocat. Je suis passionné par le droit, c'est un véritable exercice intellectuel. Mais après quelques années, c'était devenu intenable : compte tenu de l'effondrement du pays, de la baisse du niveau de vie, je me sentais absolument inutile dans ce que je faisais. Je n'étais pas avocat au contentieux, j'étais avocat-conseil, le confort d'un cabinet bien rémunéré, mais une utilité sociale qui m'échappait. Je me disais qu'en devenant journaliste, en faisant du documentaire, et peut-être de la fiction plus tard, j'aurais davantage d'impact. C'est ainsi qu'en quittant la profession, je me suis lancé dans « Au nom de l'Europe ».
Pourquoi ce sujet ? Parce que c'était celui que je maîtrisais le mieux : l'Union européenne. C'est le domaine sur lequel je suis le plus investi intellectuellement, avec un rapport presque obsessionnel. Une fois qu'on découvre la question européenne, son importance dans notre vie politique et économique, son omniprésence et pourtant son invisibilité dans le débat public, on cherche à comprendre pourquoi on n'en parle pas. C'est ça qui m'a poussé à faire ce film : donner des clés de lecture à nos concitoyens.
LP & AAC : D'accord, merci. Je me permets d'enclencher sur la deuxième question, l'engrenage européen. Vous ouvrez votre film sur la méthode de l'engrenage de Jacques Delors. Selon vos enquêtes, comment cette mécanique a-t-elle fini par grignoter nos souverainetés nationales et populaires au profit d'un fonctionnement opaque et bureaucratique à Bruxelles ? Et quand cet engrenage a commencé ?
Camille Adam : Cet engrenage a été théorisé bien avant Delors. Il remonte aux années cinquante, à Jean Monnet, qui se l'était en tout cas approprié. Le constat de départ : les populations n'accepteraient pas des transferts de souveraineté si on leur demandait leur avis, ni même les parlements, d'ailleurs, dans une Europe alors en reconstruction. L'idée était donc de procéder par étapes, par la politique des petits pas : on européanise un secteur à la fois. On a commencé par le charbon et l'acier, puis la tentative d'armée européenne, puis l'atome, etc. l'idée étant qu'un transfert de souveraineté en appelle un autre.
Pour moi, l'engrenage devient une réalité avec Maastricht. Dès lors qu'on transfère la souveraineté monétaire, on est mécaniquement obligé de transférer ensuite la souveraineté économique : la centralisation de la décision monétaire crée des divergences entre États, et ces divergences ne peuvent être corrigées qu'en réintroduisant de la coordination. Qui dit coordination dit coordinateur centralisé. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le « semestre européen ». On a ainsi transféré, sans que personne en ait véritablement conscience, l'essentiel de notre souveraineté économique.
Il y a eu également un engrenage décisif avec la libre circulation des capitaux. Dès lors que les capitaux circulent sans contrôle ni déclaration, vous pouvez placer votre argent dans un paradis fiscal européen, spéculer librement, racheter les entreprises de vos voisins. Et une fois qu'on a libéré ces forces, il est très difficile, comme un mauvais génie, de les faire rentrer dans la lampe. Renationaliser la finance, la réenfermer dans un cadre national, c'est un rapport de force qui s'inscrit sur plusieurs années, peut-être davantage. Quiconque arriverait au pouvoir avec la ferme intention de contrôler la finance ne pourrait pas le faire par simple décret.
L'engrenage, nous en reparlerons sans doute sur ses implications directes, a donc été théorisé il y a longtemps et s'est avéré extrêmement efficace pour opérer des transferts de souveraineté de manière furtive, que ce soit par des juges ou par des traités présentés comme techniques. Et quand on regarde dans le rétroviseur, il ne reste plus grand-chose de notre souveraineté économique au sens large.
LP & AAC : Oui, donc c'est un phénomène rampant qu'on n'a pas vu venir pour beaucoup. Troisième questionnement, s'il vous plaît. L'État profond et les Sages. Au-delà de l'UE, votre travail pointe du doigt une chape intérieure, notamment le Conseil constitutionnel. Pourquoi considérez-vous aujourd'hui que la loi est une chose trop grave pour être confiée aux seuls juristes ? Et quels sont vos arguments pour dénoncer leur rôle actuel ? Ajoutons que, selon nous, le Conseil d'État semble aussi avoir raison des processus démocratiques nationaux. Êtes-vous d'accord avec cela ?
Camille Adam : On a confié aux juges nationaux et européens le soin de faire le sale boulot que les politiques n'osaient pas faire. Exemple très concret : à partir de 1963-64, la Cour de justice européenne a tenté d'imposer le concept de primauté du droit européen, c'est-à-dire que le droit européen serait supérieur au droit national. Ce concept, au regard du droit international des années soixante, n'allait absolument pas de soi. En droit international classique, un traité prime les lois, certes, mais une loi postérieure à ce traité peut y être contraire, car le Parlement, en tant que souverain ultime, a le droit de s'en affranchir. La décision de 1964 innove en affirmant que le droit européen prime toutes les lois, antérieures ou postérieures aux traités.
Cette décision a été largement ignorée par les juridictions nationales. Les Allemands et les Italiens ont refusé cette logique dans un premier temps. En France, la Cour de cassation et surtout le Conseil d'État ont également rejeté cette conception. Il y a donc eu une résistance : pendant une vingtaine d'années, le droit européen ne primait pas le droit national en France. Contrairement à ce qu'on présente aujourd'hui comme une évidence, cette primauté n'a pas été acceptée de tout temps. Nos juridictions y étaient farouchement opposées, il suffit d'étudier les grands arrêts du Conseil d'État, dont un très connu de 1968.
Il y a eu un premier craquement en 1975, quand la Cour de cassation a reconnu cette supériorité. Quelques années plus tard, la pression s'est intensifiée sur le Conseil d'État, qui imprime véritablement la doctrine juridique du pays. L'Assemblée nationale a même tenté d'interdire cette jurisprudence, en votant une résolution refusant la primauté du droit européen. Le Sénat, très européiste, n'a pas suivi. Finalement, en octobre 1989, l'arrêt Nicolo du Conseil d'État, que tous les étudiants en droit connaissent et qui sera au cœur de mon prochain documentaire, reconnaît pour la première fois la supériorité du droit européen sur les lois nationales, antérieures et postérieures. Cela change tout : c'est la brique constitutionnelle qui permet à l'édifice européen de se construire sur des bases solides. C'est la garantie que rien ne sera jamais perturbé par les parlements nationaux.
Or cette décision, présentée comme technique, n'a pas trompé les politiques, qui en ont immédiatement perçu la portée. Michel Rocard, alors Premier ministre, a écrit au président du Conseil d'État pour le féliciter. La bataille en interne au Conseil d'État a été épique : tout le monde avait conscience de l'enjeu politique. Ce qui est remarquable, c'est que le politique était pleinement pour. Il existait au Parti socialiste une majorité idéologique pour construire cette Europe-là, malheureusement. Sachant que cela ne passerait pas au Parlement face au RPR, on a laissé aux juges le soin de construire l'Europe en catimini.
Si les juges ne l'avaient pas fait, et ils n'auraient pas dû le faire, nos dirigeants auraient dû assumer publiquement ce choix, modifier la Constitution et soumettre cette question au débat démocratique. Ils n'en ont pas eu à le faire : ça s'est réglé dans des cours de justice. Cela leur a permis, une fois de plus, de faire avancer l'Europe sans référendum. L'arrêt « Nicolo » constitue pourtant un véritable bouleversement constitutionnel, il aurait dû donner lieu à une révision constitutionnelle, voire à un référendum. Soumettre nos lois à un droit extérieur, c'est typiquement une question qui relève du consentement du peuple.
Mais les juges n'ont pu le faire qu'avec le consentement implicite de nos dirigeants : cette jurisprudence pourrait être annulée demain par une révision constitutionnelle. C'est donc bien parce que nos dirigeants le voulaient que les juges ont pu agir ainsi. Je ne souhaite pas exagérer leur rôle : si les juges agissent ainsi, c'est parce qu'on les laisse faire. La décision de 89 est le fruit d'une pression et d'une convergence d'intérêts que j'ai beaucoup étudiée et que je pourrais longuement développer.
En résumé : on laisse aux juges le soin de décider de changements constitutionnels majeurs. D'autres décisions, notamment du Conseil constitutionnel, relèvent de la même logique. Mais encore une fois, c'est parce qu'on les laisse faire, c'est la nuance essentielle. C'est en partie la conclusion de mon prochain film : le gouvernement des juges joue effectivement un rôle considérable aujourd'hui, mais parce qu'on le lui permet. Parce que le politique ne veut pas assumer cette construction européenne. C'est une nuance capitale. Toute réforme du gouvernement des juges obligera en tout cas le politique à ne plus avancer masqué, et à assumer tout l'édifice construit par sa passivité complice.
LP & AAC : Oui, oui. En clair, le politique, comment dirais-je... a abandonné ses prérogatives de manière soit idéologique, soit inconsciente en fait ?
Camille Adam : Les deux. Quand j'interroge ceux qui étaient au Conseil d'État à cette époque, la plupart reconnaissent n'avoir pas mesuré les implications pratiques de cette décision. Je vais néanmoins jouer l'avocat du diable : il faut se replacer en 1989, avant Maastricht et avant les grands élargissements. On est à douze, il y a encore l'URSS. Dans ce contexte, envisager une Europe intégrée à douze, harmonisée par les directives entre démocraties occidentales, était presque concevable. Je n'y aurais pas été favorable, mais j'en comprends le caractère séducteur.
Là où la primauté du droit européen devient dramatique, c'est dans une Europe à vingt-sept, dotée de l'euro et de tout l'édifice actuel. Ça devient une abomination, mais à douze, ça pouvait s'entendre. Il ne faut pas décontextualiser. Mais le drame, dû à la bêtise autant qu'à la logique de l'engrenage, c'est qu'on ne perçoit pas les étapes tellement elles sont petites et présentées comme techniques. Il n'aurait pas fallu procéder aux élargissements, et il aurait fallu introduire de nouveaux garde-fous à la primauté du droit européen au fur et à mesure que l'Europe s'agrandissait et se technocratisait.
Il y a bien eu des tentatives, totalement vaines, du Conseil constitutionnel pour instaurer des garde-fous, notamment via le concept « d'identité constitutionnelle » du pays. C'était de la communication : ce concept n'a jamais été utilisé sérieusement. Les outils juridiques existent pour s'opposer à davantage d'Union européenne, mais on ne s'en sert pas. La preuve que la haute administration et le politique français ne veulent absolument pas y recourir. On reste dans ces deux registres : engrenage et passivité.
Aujourd'hui, nos dirigeants sont largement dépassés par les événements. Ils ont perdu le contrôle de l'engrenage, tétanisés à l'idée de remettre en cause ne serait-ce qu'une fraction de l'édifice européen. Nous avons une élite à la dérive.
LP & AAC : Pourtant, il y a eu un brillant lanceur d'alerte en mai 92 avec le discours de Philippe Séguin, mais qui n'a pas été écouté par le Parlement, et notamment par ses amis politiques.
Camille Adam : Tout le monde a failli. C'est le péché originel du pays. Le RPR était très divisé, mais a voté oui par opportunisme, pour ne pas se couper des centristes en vue de 1995. Le PS, c'est le grand mystère : comment a-t-il pu s'embarquer dans cette aventure de façon aussi unanime ? À l'exception de Chevènement. Il y avait le PCF, mais c'était déjà résiduel. Ce qui est hallucinant, c'est que le Parlement a voté, et le peuple a voté lors du référendum, tout le monde a failli. Tout le monde a été intoxiqué.
Pour avoir visionné les archives de la campagne du référendum, le débat ne s'est pas fait sur la monnaie unique. Séguin, Chevènement et de Villiers ont été brillants sur la nature réelle du traité, mais le camp du « oui » a orienté le débat vers la paix. Des sondages IFOP de l'époque montrent que la première raison du « oui » était la paix, qui pourtant n'était absolument pas l'objet du traité. Il y a eu une manipulation de masse.
La vraie question reste pourquoi le Parlement a voté ainsi, et là, j'y vois surtout la nullité de la classe politique. Séguin était prophétique, mais l'élite était trop intoxiquée par la doctrine européiste, trop défaillante sur le plan technique pour en comprendre les implications. Cela pose des questions pour l'avenir : si l'on sort un jour de l'Union européenne et que l’on rebâtit une Constitution, il faudra tenir compte de la faillibilité du Parlement lui-même. Il faudra multiplier les contre-pouvoirs, peut-être introduire une Assemblée citoyenne, une 2e chambre tirée au sort. Clairement, le Parlement a failli à trop de reprises pour demeurer l'alpha et l'oméga de la décision politique, même dans une France sortie de l'Union européenne. Ni l'exécutif, évidemment, mais ce sont là des réflexions pour une constituante.
Je reste abasourdi, en étudiant les débats parlementaires de l'époque, par le fait que la question monétaire et ses implications n'aient quasiment pas été abordées. C'était des débats de sophistes : « Oui, mais la souveraineté existe toujours parce que, en réalité, on est toujours souverain. »
C'est une période fascinante. J'ai interrogé beaucoup de gens, y compris au Parti socialiste de l'époque. C'est fumeux à chaque fois. On dirait qu'ils ont tous été hypnotisés par la chose européenne. On pose son esprit critique. Et c'est tout à l'honneur de Séguin, de Chevènement et de tous les nonistes. Voir toute une élite, quasi unanime, prête à sacrifier les intérêts matériels du pays au nom d'une certaine idée, c'est fascinant. Je n'ai pas fini d'épuiser le sujet, mais c'est de l'histoire. Maintenant, on a hérité de ça et la question est de savoir comment on s'en défait.
LP & AAC : C'est vrai que c'est un vrai sujet d'analyse. Je passe à la quatrième interrogation, si vous permettez. Censure et omerta. Avez-vous eu des bâtons dans les roues lors du tournage de la réception de votre premier film "Au nom de l'Europe" ? Et quels sont les exemples les plus flagrants de gêne ou de censure que vous auriez rencontrés ? Ensuite, quels sont les deux ou trois informations gênantes qui expliquent ce silence médiatique autour de votre premier film ?
Camille Adam : Des bâtons dans les roues pour tourner ? Pas du tout. Personne ne me connaissait. J'ai toujours présenté mon approche en toute transparence, en expliquant que je réalisais un documentaire critique sur l'UE. La plupart des personnes que j'ai approchées avaient l'Union européenne pour objet d'étude et étaient ravies de partager leurs travaux. Aucun obstacle à la production, donc. Le seul véritable frein, c'est le coût des archives INA, inadmissible pour des productions non commerciales, non télévisées, réalisées par de simples citoyens. Ce n'est pas un complot, c'est leur tarification. Mais elle est inadmissible.
Sur la sortie en revanche, j'ai été surpris par l'absence totale de couverture dans les médias. Le film a tout de même réalisé un nombre de vues non négligeable, malgré cette absence de couverture médiatique.
Je ne suis pas entièrement surpris : les médias ne parlent pas d'Europe, ne veulent pas en parler, car si on en parle sérieusement, ça finit en Frexit dans la semaine, j'exagère à peine. Si on aborde le sujet, il est difficile de défendre le bilan. La ligne est claire : on n'en parle pas. Je suis davantage déçu par l'absence de discussion dans des médias de gauche plus installés ou indépendants. Il n'y en a eu que très peu. Ce n'est pas de la censure, mais cela reste un point d'interrogation.
À titre personnel, j'aurais voulu organiser des projections-débats. J'avais monté une version d'1h30 à cet effet, pour des projections dans les communes. Ce serait un outil puissant d'éducation populaire. Mais deux obstacles matériels s'y opposent : la location de salle, soit on connaît les gens sur place, soit on paie, et je n'en ai pas les moyens, et les droits INA, qui ne couvrent qu'une diffusion web. Pour une salle, même privée, il faudrait 5 000 € supplémentaires pour une licence limitée à cinq ans. Je tiens à respecter les droits d'auteur, l'INA a une politique intraitable et je n'ai pas envie que le film soit supprimé de YouTube. Même les salles des fêtes municipales se louent. Les obstacles sont les mêmes.
Il y a eu, à ma connaissance, trois ou quatre projections organisées spontanément dans le pays, dérisoire au regard de ce qu'il faudrait. Le film est toujours là et toujours d'actualité, il le restera tant que l'Union européenne existera. Si la question européenne revenait au premier plan, les gens pourraient peut-être se cotiser pour permettre des diffusions locales. C'était mon rêve : que ce film puisse susciter des débats au-delà de YouTube3.
En résumé : oui, il y a eu un silence médiatique. On ne m'a pas mis de bâtons dans les roues, mais c'est le sort des souverainistes en général. L'invisibilisation est l'arme la plus efficace. On n'en parle pas, et c'est redoutablement efficace : si notre critique n'existe pas dans l'espace médiatique, elle n'est pas légitime, elle n'est pas une grille de lecture pour comprendre l'actualité. Virtuellement, dans la tête des Français, nous n'existons pas. C'est très habile de la part de l'écosystème médiatique et politique. Mais c'est à nous de nous battre pour contourner ces verrous. Le film a dépassé 720 000 vues, ce n'est pas rien, mais il faudrait plus. La bataille n'est pas terminée.
LP & AAC : Vous mettez en quelque sorte le doigt sur une inertie institutionnalisée finalement.
Camille Adam : Oui, l'inertie, le terme est peut-être réducteur, mais oui. Il y a en tout cas un système organisé pour maintenir l'ordre établi : une France membre à part entière d'une Union toujours plus intégrée. Cet ordre ne doit pas être bouleversé. J'ai découvert récemment que le Code de la sécurité intérieure inclut les engagements européens de la France parmi les intérêts fondamentaux de la nation. Autrement dit, le pacte de stabilité budgétaire, l'austérité, fait partie des intérêts vitaux de la Nation, à défendre par les services de renseignement. Juridiquement, nos services de renseignement ont un mandat explicite pour protéger l'existence de la Commission européenne. Sur le plan pratique, je ne sais pas ce qui se passe dans ces services, mais le texte est là, dans la loi.
LP & AAC : D'accord. On va passer à la cinquième interrogation, si vous permettez. Stratégie de reconquête. Alors, c'est un peu de prospective. Pour vos prochains projets, quelle place donnez-vous aux solutions de rupture que l'Article 11 et l'Article 3, puisqu'il est question de, comment dirais-je, de revenir peut-être pour ceux qui prônent cela à l'esprit de la Constitution de 58. Donc, c'est là où le Frexit est une stratégie de rupture. Donc quel est votre point de vue ? Et puis comptez-vous utiliser vos films pour imposer ces sujets aux candidats des présidentielles 2027 et réveiller ainsi la participation citoyenne ? Attendez-vous que des associations et des privés s'en saisissent et fassent le travail de diffusion et d'information ?
Camille Adam : Sur les solutions de rupture : je n'y crois pas. Cela supposerait qu'on soit au pouvoir. Pour 2027, on restera selon moi sur la trajectoire actuelle, seul, je ne peux pas grand-chose. Le sujet, l'Europe, l'austérité, l'inflation, sera toujours d'actualité, mais je ne suis pas sûr que mon film pèse dans la dynamique de 2027. Je ne vois pas de rôle décisif pour le film dans la dynamique actuelle.
Les choses ne peuvent progresser que par le bas, par le terrain, la capillarité associative, sauf à ce que l'Europe redevienne un sujet de premier plan de l'agenda politique. Là, tout pourrait changer. Dans l'état actuel du débat, je n'attends malheureusement pas de nouvelles dynamiques, ni autour du film, ni autour de la critique des institutions.
LP & AAC : Dernier point que nous voulions évoquer avec vous, sur la diffusion, votre premier reportage et celui à venir sont-ils tournés dans un format qui permettrait leur diffusion dans les salles de cinéma alternatifs ou des salles sur des communes urbaines ou rurales ? C'est un point que nous avons un petit peu évoqué tout à l'heure. Et vous déplaceriez-vous éventuellement, si les conditions matérielles étaient réunies pour participer à la promotion de vos reportages ?
Camille Adam : Sur le format et la durée, aucun problème. Le précédent avait été adapté à un format d'1h30, le prochain le sera aussi. Techniquement, c'est tout à fait possible, mais l'obstacle des droits INA pour les salles demeure. Ce sont des coûts que je n'ai pas les moyens d'assumer, auxquels s'ajoute la location de salle. Le déplacement, en revanche, est moins contraignant. Mais c'est bien là le véritable obstacle.
Il faudrait trouver des salles sans location payante, mais à ma connaissance, même les salles des fêtes municipales se louent. Les obstacles sont les mêmes que pour le précédent. La diffusion sera donc web et gratuite dans un premier temps. Pour la salle de cinéma, ce serait évidemment l'outil le plus puissant pour faire du débat citoyen, mais les obstacles sont réels et sérieux. Et pourtant, ce serait l'outil le plus puissant pour le débat par le bas.
LP & AAC : D'accord, mais il n'est pas interdit de penser - enfin, c'est ça fait écho à la discussion que nous avions eu au préalable - il n'est pas interdit de penser qu’après sensibilisation de public, voire de conseils municipaux, locaux, la diffusion soit facilitée sur le plan matériel et au niveau des coûts. C'est quelque chose qui est envisageable. Mais le travail préalable, c'est de d'annoncer la couleur en disant : "Voilà le thème qui va être développé" ; pour derrière organiser un débat.
Camille Adam : Oui. Premier thème : l'Europe. Deuxième thème : le rôle des juges, du Conseil d'État et du Conseil constitutionnel, qui ont des pouvoirs exorbitants, annuler nos lois, nos élections, nos référendums. Un petit groupe d'hommes et de femmes que personne ne connaît. Ce sont des sujets d'intérêt général qui méritent des débats publics. Mais à mon échelle, contacter ne serait-ce qu'une commune est déjà trop, un temps que je dois consacrer à ce qui me permet de vivre.
LP & AAC : D'accord, merci pour ces réponses.
Camille Adam : Merci à vous.
Lien tipeee pour soutenir Camille Adam : https://fr.tipeee.com/au-nom-de-leurope
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Entretien Audio à partir de mardi 21 avril 2026
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